
Mission du panel de l’UA pour la résolution de la crise
: Ce qui complique les négociations
Les
chefs d’Etat réunis au sein d’un panel mandaté par l’Union africaine (UA) pour trouver une
solution à la crise post-électorale en Côte d’Ivoire ont quitté Abidjan après avoir
échangé, les lundi 21 et mardi 22 février, avec le Président Laurent Gbagbo, l’ex-Premier
ministre, Alassane Dramane Ouattara, le Conseil constitutionnel et Young J. Choi, le représentant du secrétaire
général de l’ONU. La rencontre prévue avec la Commission électorale indépendante
(CEI), mardi nuit au Pullman Hôtel du Plateau, n’a pu se tenir à cause de la défection des commissaires
centraux RHDP de la CEI. Ceux proches de la Majorité présidentielle (LMP) avaient pourtant fait le déplacement.
Les chefs d’Etat qui envisageaient de rencontrer ensemble les deux parties pour une sorte de «confrontation»
ont dû tout annuler. D’autant qu’ils ne voulaient pas entendre une seule partie. Le Sud africain Jacob Zuma
a été le premier à quitter Abidjan «parce qu’il devait assister à une session importante
du Parlement de son pays», précise une source diplomatique. Hier mercredi, Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Jakaya Kikwete (Tanzanie) et Idriss Déby (Tchad) ont regagné
leurs pays respectifs. Selon un communiqué émanant de l’UA, ces quatre chefs d’Etat et probablement
Blaise Compaoré (Burkina Faso) qui s’est abstenu de venir à Abidjan, se retrouveront à Nouakchott,
capitale mauritanienne, à la fin de ce mois de février, pour faire le point des échanges avec les parties
ivoiriennes. Et revenir, dès le début du mois de mars, à Abidjan pour proposer leur solution de sortie
de crise «contraignante pour toutes les parties».
Ouattara veut faire échouer les négociations
Avant ce retour sur les bords de la lagune Ebrié, les chefs d’Etat du panel de l’UA gardent un
goût mi-figue, mi-raisin de leur séjour de 48h à Abidjan. Le goût figue donc amer provient des péripéties
de la rencontre avec Alassane Dramane Ouattara. Le président du RDR a volontiers, compliqué les négociations
de sortie de crise menées par le panel. D’une part, par son attitude fermée à toute concession
et sa prétention à se croire «vainqueur du scrutin présidentiel» parce que l’ONU, la
France et les Etats-Unis l’auraient reconnu comme tel. Alors qu’il n’en est rien. Ni le rapport des experts
du panel de l’UA, ni les 4 chefs d’Etat mandatés par l’organisation africaine ne sont convaincus
de son élection. «Le second tour de l’élection présidentielle ivoirienne a été
entaché de graves irrégularités et la certification de M. Choi s’est faite en dehors des règles.
C’est la conclusion du rapport des experts. Il est donc faux de dire que M. Ouattara a remporté les élections»,
affirme un diplomate africain proche du dossier. Les chefs d’Etat
ont endossé ce rapport des experts de l’UA avant d’arriver à Abidjan. A Laurent Gbagbo et Alassane
Ouattara, ils ont clairement dit qu’ils sont venus marquer leur solidarité vis-à-vis de la Côte
d’Ivoire. Qu’ils sont venus s’informer davantage pour aider les Ivoiriens à sortir de la crise. Jacob
Zuma, Idriss Déby, Mohamed Ould Abdel Aziz et Jakaya Kikwete ont affiché une neutralité agissante face
aux différentes parties. A preuve, ils ont demandé à être accueillis, lundi dernier, à leur
arrivée à l’aéroport d’Abidjan, par le représentant de l’UA en Côte d’Ivoire.
Pas par le Premier ministre, Aké N’Gbo ou un membre de son gouvernement ou encore par une personne proche d’Alassane
Ouattara. Ce qui a été fait. En dépit de cette
neutralité du panel, Ouattara s’est révélé aux chefs d’Etat comme «le véritable
problème» pour les négociations de paix en Côte d’Ivoire. D’abord, en affirmant qu’il
refusait de recevoir, lundi dernier, pour les échanges, le Président sud africain, Jacob Zuma, membre du panel.
Au dire de sources concordantes, c’est à Young J. Choi que Ouattara a confié cela. A son tour, le Sud-coréen
a transmis, tel un coursier, l’information à Ramtane Lamamra, ex-chef de la délégation des experts
de l’UA. Qui en a informé le Président Zuma. Cette attitude de Ouattara a suscité l’indignation,
a-t-on appris, des trois autres chefs d’Etat qui décident de ne pas se rendre au Golf Hôtel en guise de
solidarité envers leur homologue sud africain. Dans la nuit du
21 février, Jean Ping, président de la Commission de l’UA, s’engage pour ramener Alassane Ouattara
à la raison. Les échanges ont lieu avec Soro. L’on apprendra que Ouattara a agi ainsi parce qu’il
reproche aux chefs d’Etat de n’avoir pas été solidaires de son «parrain», le Burkinabé
Blaise Compaoré, qui a renoncé à venir à Abidjan parce qu’il était récusé
par les Ivoiriens. Après ce premier gros couac, les échanges entre Alassane Ouattara et le panel se tiennent,
le mardi 22 février, au Golf Hôtel. Le président du RDR se montre fermé à toute proposition
de sortie de crise. Il rejette le partage du pouvoir et la reprise du scrutin. Les négociations n’avancent pas.
Une source proche du RHDP traduit l’état d’âme du camp Ouattara : «On ne croit pas au panel».
Cependant, les chefs d’Etat écoutent Ouattara et lui laissent, pour analyse, leurs propositions de partage du
pouvoir. Le second gros couac apparaît après les échanges. Jacob Zuma échappe à un lynchage
orchestré par une bande de jeunes excités pro-Ouattara. La police sud- africaine, présente sur les lieux,
réussit à protéger Zuma. Tout se passe dans l’enceinte du Golf Hôtel avec, indubitablement,
le soutien de Ouattara. Une source diplomatique estime que ce grave incident a été réprouvé par
les autres chefs d’Etat. De leur côté, «les Sud-africains qui sont de grands lutteurs et panafricanistes
considèrent que ce qui s’est passé au Golf Hôtel constitue un épiphénomène
qui ne saurait les éloigner de leur engagement à aider les Ivoiriens à retrouver la paix», précise
la source.
Les «propositions» du panel
Le goût raisin donc succulent du séjour du panel est à mettre à l’actif du Président
Gbagbo qui s’est montré, comme d’habitude, ouvert à la négociation pour sortir le pays de
la crise. Le seul principe qu’il a émis, c’est que la Constitution et la souveraineté de la Côte
d’Ivoire soient respectées. «Le Président Gbagbo a démontré sa stature d’homme
d’Etat et le panel en a été ravi», soutient une source proche du dossier. Qui affirme, concernant
les propositions de sortie de crise, que rien n’a été arrêté par le panel. Même si
les chefs d’Etat ont décidé de mettre de côté le rapport des experts, en ne déclarant
pas un acteur vainqueur. «Si le Président Gbagbo est déclaré vainqueur, ce qui est légal.
Cela pourrait amplifier la crise. Si Ouattara est déclaré vainqueur, ce qui est faux, il y aura une crise plus
grave. Le panel a décidé d’appeler à un partage du pouvoir en ne remettant pas en cause la Constitution»,
précise la source. Cette option préconisée par le panel rencontrera-t-elle l’assentiment de Ouattara
et ses «alliés», ces perdants belliqueux ?
Didier Depry
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